24/04/2006

A Detroit Story

Le "booty" qui figure dans l'url du blog a rarement été aussi justifié. Rencontre avec le légendaire Ade M.H. Mainor aka Mr De' pour lui parler de son parcours booty, à l'époque où il produisait dans l'ombre et dirigeait Electrofunk records, mais aussi pour évoquer ce qu'il compte faire avec Submerge dont il est devenu le big boss, Detroit en général, et son nouveau disque. Il sort en effet Renaissance, un nouvel et bel album, accompagné d'un dvd instructif, chez UWe pour la France.
Mr De' tu arrives avec un nouveau projet, cd/dvd. Peux tu nous en parler, quel en est l'objectif?

L'objectif est de m'exprimer de manière créative via un circuit indépendant qui touche le monde entier. Il s'agit de mon second album sous Mr De'. Vous devez savoir que ça fait très longtemps que je produis, je l'ai fait pour énormément de gens, tellement nombreux que pour la plupart je les ai oubliés. C'est un album dans lequel je mélange des éléments dansants, dubby et rnb.
Le dvd, qui s'appelle Mr De': A Detroit Story, réalisé par JC Gaudry, est un projet auquel on m'avait seulement demandé de participer au départ. Il s'est trouvé qu'au moment où il commençait à être filmé j'enregistrais mon album, et donc les circonstances ont fait que je suis petit à petit devenu le sujet du dvd et j'ai repris le projet. C'était une heureuse coïncidence.

Tu joues un rôle central avec Submerge, tu as co-produit de nombreux tubes de la ville de Detroit (Ass’n’titties par exemple), pourtant tu reste assez peu connu; ça toujours été ta volonté d’être un homme de l’ombre ?

Je suis le propriétaire de Submerge Recordings, Submerge est essentiellement un label de distribution. Alors ok ça s'appelle Submerge ce qui sous-entend qu'on est en-dessous, par dessous, derrière, au fond, bref underground. Mais avant je m'occupais d'Electrofunk Records, que j'ai démarré en 1996, et on a toujours suivi une démarche beaucoup plus mainstream. Electrofunk était le plus gros label de Detroit en termes de ventes. C'est pour ça que je suis arrivé à la tête de Submerge, parce qu'on vendait le plus de disques. On faisait beaucoup de promo, c'était facile de nous trouver, on avait DJ Assault, on était très visibles. Alors non je cherche pas spécialement à être underground, j'appartiens à une famille en partie undergound mais je dirais que je fais justement partie de ceux qui sont plutôt overground dans l'esprit.

A propos de Assault, vous vous êtes quittés en mauvais termes?

Non, on a cessé de collaborer en 99, on avait d'autres projets chacun de notre côté. On était partenaires pour deux choses: lui sortait des disques sur Electrofunk et moi je coproduisais ses morceaux. En fait DJ Assault c'était nous deux, quand tu entends parler de Assault, tu entends parler de moi. Il est parti en tant que DJ Assault et moi j'étais Electrofunk Records.

Une fois que tu as « quitté » DJ Assault, tu as complètement changé de style pour produire une electro techno moins clubby, moins booty, plus froide et mélancolique, c’est ça pour toi le vrai son de Mr De ?

Oui, en fait quand on a créé Electrofunk on voulait déjà produire ce genre de son. Mais le truc c'est qu'à l'époque, des mecs comme Luke (2live crew) cartonnaient et les gens étaient très demandeur de ce son bass. Simplement, ils ne voulaient pas spécialement qu'il y ait un rappeur par dessus, au contraire même, ils auraient aimé voir ce son bass dans des morceaux plus instrumentaux. Alors on a répondu à cette demande, on s'est occupé de ce dubby bass sound qui sera plus tard appelé ghetto tech. Ca s'est traduit par des disques comme Sex on the beach. Ce qui se passait c'est qu'on produisait des artistes, or un artiste ne peut pas être surproduit, il faut s'adapter, donc on ne faisait pas totalement ce qu'on avait envie de faire. Alors que sur des albums comme Belle Isle Tech, tu as déjà des morceaux proches de ce que je fais maintenant. A l'époque personne n'y faisait attention, les gens voulaient Sex on the beach. Donc oui et non, tu peux dire que j'ai deux identités, tu peux même dire que j'étais DJ Assault avant 99, mais je n'ai jamais vraiment changé d'identité, il y a juste eu une période où je m'adaptais à l'époque.
Pour DJ Assault je rigole mais bon à l'époque on ne disait jamais "produit par DJ Assault et Mr De'", d'ailleurs Mr De' n'existait pas encore. En fait je m'appelle Ade et j'avais toujours un air serieux, d'où ce surnom qui s'est imposé.

La coproduction ça a l'air d'être quelque chose qui s'est beaucoup fait à Detroit.

Mais oui, c'est normal en fait. Quand t'as pas d'argent mais que tu connais un mec qui a un clavier, un autre qui a une boîte à rythme, etc., tu les appelles!

Haha il y a un côté groupe de rock au fond.

Exactement, bonne analyse.

Et donc quel était ton état d'esprit pendant ta période booty, t'étais vraiment si peu intéressé?

Oui, écoute je travaillais dans un magasin de disques et j'étais constamment confronté à la demande des gens, plus précisément des DJ, la booty c'est une musique de DJ. Au départ c'est de la techno accélérée, un son bass, des éléments de hip-hop… Les morceaux sont des outils. Tous les jours je voyais des mecs arriver à la boutique et demander "hé mec t'as pas des disques de ce style? j'ai besoin de ça" "non mais à la fin si vous en voulez je vais en faire!". Et c'est comme ça que je me suis mis à produire pour des DJ. Les DJ comme Gary Chandler jouaient en fait des disques surpitchés, et avec les nôtres ils avaient déjà des bpm élevés. Ainsi, ce qui est devenu ghettotech, c'est juste nous, répondant à une demande de DJ, pour les clubs de Detroit.

C'était quasiment une logique commerciale.

Oui voilà.

Mais tu te sens encore concerné par l'univers booty ou bien c'est un genre de production qui appartient au passé?

Non non selon moi c'est fini parce que si tu fais encore et toujours le même morceau, le genre finit par lasser et donc par mourir. Par exemple, de combien de Ass'n titties as-tu vraiment besoin? Un seul!

C'est un peu le problème de DJ Funk, son dj set ici récemment était incroyable mais en écoute de salon ça perd beaucoup, c'est une musique pour les clubs et les dj.

Oui même problème. Pump it pump it pump it pump it pump it pump it pump it! When do you want me to stop pumpin man? Haha c'est ce que je voulais dire, ça finit par se répéter, et si tu prends tout ce qui est sorti en ghettotech entre 93 et 99 et qui a bien marché, tu as déjà tout ce qu'il te faut pour faire une putain de soirée. Du coup, il y a peu d'intérêt pour les producteurs à en refaire, la demande est moindre.

Selon toi, tout a plus ou moins été fait.

D'une certaine manière oui.
On va tout de même sortir bientôt une compilation de ghettotech qui s'appelle In to the motherfuckin end (?). Mais on ne va pas sortir de nouveaux disques de ghettotech. Ca peut valoir le coup d'en faire tous les 5 ans pour rafraîchir le genre mais c'est tout. En tout cas c'est mon avis sur la question.

Et avec qui as-tu travaillé durant cette période, à part Assault?

Presque tout le monde… certains très connus, DJ Fingers, Gary Chandler, DJ Godfather, Disco D, Aaron Carl, tous ces gens.
A une époque où je ne produisais que pour les autres, j'ai même produit pas mal de hip-hop, Smiley, Keith Washington, Detroit Box, Slum Village. Je passais ma vie en studio à produire pour des gens.

Pour terminer sur la booty, qu'est ce que tu penses de tout ce qui est cross over booty/techno pure, de quelqu'un comme Dopplereffekt ou des come back de certains producteurs à des racines booty?

Tu dis ça parce que ça s'est un peu séparé mais en fait c'est le style qui veut ça, la limite entre les deux est fine. La booty résultant souvent de techno accélérée pour être passée en club, c'est facile de passer de l'une à l'autre. Ou autre chose, Brighter Days par exemple, c'est un disque house mais ça peut devenir un disque booty. Il y a des exemples hip-hop aussi, AFG ou Big booty bitches, qui est un peu plus rapide. Bref tout ça pour dire qu'on peut jamais vraiment parler de cross over, c'est plutôt une façon de jouer toute sorte de disques, ou de les reprendre, qui fonctionne.

Tu as rejoint Submerge, qu’as-tu apporté au label ? Comment définirais-tu Submerge aujourd’hui ?

D'abord, en tant que directeur, j'ai déménagé les locaux et réglé quelques aspects du management, en m'appuyant sur mon expérience avec Electrofunk. Ensuite j'ai remarqué que Submerge était un grand label de distribution, mais que pour qu'il soit plus efficace, il fallait plus de coopération entre les différents labels qui lui sont rattachés. C'est pour ça que j'ai créé Submerge Recordings, qui par des licences, des contrats, s'occupe de sortir tous les albums auxquels Submerge Distribution a accès.

Submerge semble plus qu’un label, en 2006 que reste-il des idéaux des débuts ?

Personnellement ma mentalité n'a pas changée mais bon j'ai donné au labels des objectifs plus que des idéaux, à savoir développer au maximum les talents que nous avons et offrir à la bonne musique la meilleure exposition possible, ce qui évidemment n'est plus une logique underground.

On a appris la mort violente de Proof de D12 la semaine dernière,

Oui je le connaissais très bien…je l'ai produit une fois d'ailleurs, il y a environ 10 ans.

Sa mort nous a rappelé que Detroit était une ville assez violente. La scène techno depuis quelques années semble avoir réussi à ne plus être touchée par cette vague de violence, notamment grâce au travail de Submerge et d’UR. Comment vois-tu ta ville aujourd’hui, est-elle plus ou moins violente qu’avant, y a-t-il un sentiment d’échec pour vous qui avez beaucoup fait pour votre communauté ?

J'ai grandi dans le centre de Detroit et il y a toujours eu de la violence depuis les années 80. Vous savez, il y a des trucs qui peuvent vous arriver injustement n'importe quand, comme un accident de voiture. Mais il y en a d'autres qui vous arrivent uniquement si vous vous êtes mal comporté ou alors si vous étiez au mauvais endroit, au mauvais moment, et rien n'aurait pu vous l'éviter, pas même une prière de gospel. Ces rappeurs vont parfois un peu trop loin, trop de weed, trop d'alcool, l'egotrip et les choses se terminent mal.

Donc selon toi la ville n'a pas changée.

Non vraiment pas, à Detroit, il y a 2000 meutres non-élucidés par an. Pas juste 2000 meurtres, 2000 meurtres non élucidés. Le nombre total de meurtres c'est plus de 3000. C'est vraiment un endroit sauvage, on ne peut malheureusement pas dire qu'il ait été pacifié.

Malgré tout Detroit est la ville mère de la techno, mais aussi d'Eminem, d'Iggy Pop, elle est présente sur tous les tableaux, ça s'explique selon toi?

Ouais c'est vrai je me suis souvent posé cette question, c'est mystérieux, comment se fait-il que toute cette musique majeure vienne de Detroit? J'ai une théorie. Quand tu examines une musique, il faut regarder ses racines. Tu tombes sur le jazz, le blues et surtout sur cette vague d'immigration noire qui est arrivée du Sud pour les besoins de l'industrie automobile et qui s'est mélangée à la population. Ce phénomène a permis une richesse inouïe, et les gens se sont tournés aussi bien vers le rock n roll, que le hip-hop ou le rnb et il est vrai qu'aujourd'hui tu trouves encore de tout facilement à Detroit, ce qui n'est pas le cas partout.

Ton nouvel album est distribué, en France, et plus globalement les grosses sorties de la techno de Detroit sont facilement dispo en France, le reportage disponible dans le cd est réalisé par un français, quelles sont tes relations avec la France ? jusqu'à présent l’Allemagne semblait être pourtant la base européenne de Detroit ? Detroit voit-il différemment la France depuis ses 5 dernières années?

Je ne sais pas vraiment comment Detroit voit la France. Je fais des affaires avec les gens en qui j'ai confiance, period. J'ai confiance en UWe. J'ai confiance en Jesse que j'avais rencontré en Ecosse et qui est venu à Detroit. Des relations qui permettent de faire des choses concrètement se sont mises en place et c'est tout naturel de les utiliser, il se trouve que ces relations sont à Paris.
Pour l'Allemagne, je vois ce que vous voulez dire, peut être que c'est en train de se déplacer. Mais je ne saurais pas dire pourquoi c'était l'Allemagne plus qu'ailleurs.

Extra-question: Tu suis la NBA?

Pas tant que ça, je vais voir un match une fois par an pas plus. Mais tu aimes les Pistons Telefuss?

Pas vraiment.

Haha. Un de mes amis, le conseiller juridique de Submerge, a un box à l'année. C'est bien placé, il y a plein de gens connus, j'y vais de temps en temps. A part ça je ne suis plus vraiment les sports. Je sais pas si c'est vraiment divertissant, je préfère les jeux vidéo.
Mr De' - Throw, classique pour ceux qui n'auraient pas compris à qui ils avaient affaire.

Proposé par Ferragus, Telefuss & moi.
Merci à Ade et à UWe.

11 commentaires:

Frelon a dit…

elle est tellement bien cette itv qu on doit la lire 2 fois

voltask a dit…

haha c'était effectivement l'enfer pour la poster

telefuß. a dit…

super travail pour la traduction ! Et merci à Etienne sans qui rien n'aurait été possible.

Anonyme a dit…

voila ce qui fait d'un blog un truc interessant
bravo,en esperant que ce genre d'entretien se reproduise

Ghost a dit…

Très bonne interview...

D3spirit a dit…

C'est vraiment cool ce que vous faites! Merci pour cette interview que ségolène n'aura pas manqué de lire...hein ma poufiasse! De'troit is the place

Anonyme a dit…

BIG UP A TOUS LES MASSIVE

oui très cool interview les mecs

Etienne

frelon a dit…

etienne tu te fais pousser des locks huh?

lord have mercy

frelon a dit…

etienne tu te fais pousser des locks huh?

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Ferragus a dit…

"BONNE VIBE"

Anonyme a dit…

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